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Kurdish flag in Jerusalem

Les Juifs kurdes

Les Juifs kurdes, aussi appelés Juifs du Kurdistan, descendent de l'une des plus anciennes communautés de la diaspora juive. Leur tradition les rattache aux tribus du nord d'Israël, déportées par les Assyriens au VIIIe siècle avant notre ère. Le Livre des Rois situe ces exilés dans les villes des Mèdes, un territoire qui recoupe le Kurdistan historique [1] [2].

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En quelque 2 500 ans, des communautés juives se sont implantées dans tout le nord de la Mésopotamie, sur une partie de l'Irak, de l'Iran, de la Turquie et de la Syrie actuels. Le Kurdistan irakien en regroupait la majorité, dans des villes comme Zakho, Amadiya, Aqra, Dohouk, Arbil, Kirkouk et Souleimaniye [2].

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Crêtes abruptes et vallées reculées rythmaient la vie quotidienne, mais l'isolement n'a jamais été total. Au XIIe siècle, le voyageur Benjamin de Tudèle signale des communautés juives dans plus de 100 villages et villes. La région a aussi formé ses propres savants : au XVIIe siècle, Asenath Barzani a dirigé la yeshiva d'Amadiya et s'est fait largement reconnaître pour sa science de la Torah [3].

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Après les conquêtes islamiques du VIIe siècle, la plupart des Juifs du Moyen-Orient sont peu à peu passés à l'arabe. Les Juifs kurdes ont gardé l'araméen comme langue parlée jusqu'au XXe siècle [1]. Leurs dialectes, que les linguistes regroupent sous le nom de néo-araméen juif, ont absorbé au fil du temps du vocabulaire kurde, persan et arabe [1]. Beaucoup de locuteurs disaient simplement « notre langue » : lishana deni autour de Zakho, lishana didan dans le nord-ouest de l'Iran [4].

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Les familles vivaient de l'agriculture, de l'élevage, du tissage et du commerce, aux côtés de voisins musulmans, chrétiens et yézidis [1] [9]. Les chefs de tribus kurdes leur assuraient une protection [2]. Sous l'autorité ottomane et locale, de lourds impôts et des flambées de violence venaient malgré tout interrompre de longues périodes de coexistence [1].

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La vie religieuse passait aussi par le pèlerinage. Les fidèles se rendaient aux tombeaux attribués aux prophètes Daniel à Kirkouk, Jonas à Mossoul et Nahum à Alqosh [1] [3]. Chaque année à Chavouot, plusieurs milliers de personnes se rassemblaient au tombeau de Nahum, jusqu'au dernier pèlerinage de 1951 [5]. Daech a par la suite détruit le sanctuaire de Jonas, tandis que le tombeau de Nahum a pu être sauvé de l'effondrement [6].

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Du Kurdistan à Israël

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Les départs vers la Terre d'Israël ont commencé bien avant l'État moderne. Des érudits rabbiniques s'installent à Safed à la fin du XVIe siècle [3], d'autres gagnent Jérusalem à partir du XVIIIe siècle [9], et de nouveaux groupes suivent dans les années 1920 et 1930 [7].

La situation en Irak s'est fortement dégradée au XXe siècle. Le nationalisme arabe a gagné du terrain, le pogrom du Farhoud a frappé Bagdad en 1941, et les émeutes, les boycotts et les persécutions politiques se sont multipliés après la fondation d'Israël en 1948 [1] [8]. Les Juifs kurdes étaient alors entre 20 000 et 30 000 [7].

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Entre 1950 et 1952, l'opération Ezra et Néhémie a acheminé par avion environ 120 000 Juifs irakiens vers Israël, dont la plupart des Juifs kurdes [1] [2]. Beaucoup ont dû renoncer à leur citoyenneté et à leurs biens pour partir [8] [9]. Des Juifs originaires des régions kurdes d'Iran, de Turquie et de Syrie ont continué d'arriver au cours des décennies suivantes [8]. L'arrivée a apporté son lot d'épreuves. Les familles se sont retrouvées dans des camps de tentes, et l'idéal du « creuset » défendu par le jeune État poussait les immigrants à abandonner leurs langues et leurs coutumes [3] [8] [13].

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La communauté aujourd'hui

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Les estimations de la population juive kurde en Israël vont de 150 000 à 300 000 personnes selon les sources, et le chiffre de 200 000 revient le plus souvent [2] [3] [10]. Environ la moitié vit à Jérusalem et dans ses environs [3] [10]. Le quartier de Katamonim, dans le sud de Jérusalem, est devenu un centre de la vie communautaire, tout comme Mevaseret Zion, aux portes de la ville [3] [9]. Les Juifs kurdes ont aussi fondé plus de 30 villages agricoles à travers le pays [3].

L'hébreu sert désormais de langue quotidienne. Le néo-araméen juif survit surtout chez les personnes âgées, et les estimations du nombre de locuteurs varient beaucoup, d'environ 500 à quelques milliers [1] [11].

Festival de Seharane

Le festival de Seharane est né au Kurdistan comme une fête de printemps, célébrée vers la fin de Pessah. Les familles emportaient tentes, provisions et instruments, puis passaient plusieurs jours au bord des rivières et des lacs [7]. Ses racines tenaient davantage à la culture populaire qu'à la religion [12], même si elle faisait aussi une place aux fiançailles et à l'inauguration de nouveaux rouleaux de la Torah [13]. Dans une société stricte, elle offrait aux jeunes une rare occasion de se rencontrer [7]. Les voisins musulmans apportaient des vivres frais en signe d'amitié [13].

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Les célébrations ont cessé pendant une vingtaine d'années après l'immigration de masse [7]. Une organisation nationale des Juifs du Kurdistan, fondée en 1971, a entrepris de les faire renaître [13]. Les dates d'origine tombaient trop près de la Mimouna marocaine : les responsables de la communauté ont donc déplacé la fête aux jours intermédiaires de Souccot, et la première édition israélienne a eu lieu en 1975 [7] [8].

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Plus de 13 000 personnes ont participé au rassemblement de Jérusalem en 2013, et d'autres événements plus modestes se sont tenus ailleurs dans le pays [3]. Des Kurdes non juifs s'y sont joints au fil des ans [12], et Israël a émis un timbre consacré à la Seharane en 2019 [13].

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Cinq éléments définissent la fête :

  • Musique : la dohla, un grand tambour à deux peaux, et la zurna, un instrument à vent en bois [9] [13]

  • Danse : des danses en ligne et en cercle, appelées govend en kurde, aux pas entrelacés [7]

  • Costume : larges turbans, chemises ceinturées et pantalons amples chez les musiciens et les danseurs [7]

  • Cuisine : le yaprach, feuilles de vigne farcies de viande et de riz, et la viande grillée des pique-niques familiaux [3] [7]

  • Parole : récits et concours de chant en araméen [12]

Le patrimoine juif kurde en tant que patrimoine culturel immatériel

L'UNESCO décrit le patrimoine vivant à travers cinq domaines [16]. Le cas des Juifs kurdes sort de l'ordinaire : un patrimoine né dans les villages du Kurdistan vit aujourd'hui dans les quartiers, les moshavim et les parcs urbains d'Israël. Cette lecture applique le cadre de l'UNESCO aux pratiques de la communauté. Elle ne signifie pas que celles-ci figurent sur une liste de l'UNESCO.

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Traditions et expressions orales

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Le néo-araméen juif a porté ce patrimoine pendant des siècles. La lecture de l'hébreu restait souvent l'affaire des rabbins : les fidèles récitaient donc le Chabbat le Tafsir, une traduction orale de la Torah en araméen [1]. La communauté était connue pour sa tradition orale plus que pour ses écrits, et les récits et concours de chant en araméen font toujours partie de ses célébrations [12]. L'UNESCO rappelle que la mort d'une langue emporte ses traditions orales [16]. Avec si peu de locuteurs restants, ce domaine est le plus menacé [1] [11].

 

Arts du spectacle

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La musique et la danse forment la partie la plus visible de ce patrimoine. La dohla, un grand tambour à deux peaux, et la zurna, un instrument à vent en bois, mènent la danse lors des mariages et des fêtes [9] [13]. Les danseurs avancent en lignes et en cercles, appelés govend en kurde, en entrelaçant leurs pas [7]. Les troupes de danse kurde d'Israël ont porté ce répertoire sur scène, comme celle de Ma'oz Zion, créée en 1974, ou le groupe de jeunes de Katamonim qui a fait une tournée en Europe en 1988 [9].

 

Pratiques sociales, rituels et événements festifs

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La Seharane reste le grand rendez-vous de la communauté. Son passage du printemps à Souccot a préservé sa visibilité, mais a rompu son lien avec la fin de l'hiver [3] [12]. La Convention prévoit ce type d'évolution, car les communautés recréent leur patrimoine en réponse à leur histoire et à leur milieu [15]. La Kurdiyada, organisée chaque mois de mars, associe l'esprit de Pourim et celui de Newroz [10]. Le pèlerinage survit comme souvenir, car les tombeaux des prophètes sont hors de portée de la communauté [5] [6]. La cuisine trouve aussi sa place ici. Les familles préparent le yaprach, feuilles de vigne farcies de viande et de riz [7], et le kubbeh, boulettes farcies servies en soupe, a conquis tout Jérusalem dans les années 1980 grâce aux petits restaurants du marché Mahané Yehouda [14].

 

Connaissances et pratiques concernant la nature et l'univers

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Ce domaine est le moins documenté. La Seharane suivait autrefois l'année naturelle et marquait la fin de l'hiver par des journées passées au bord des rivières et des lacs [7] [12]. Au Kurdistan, agriculteurs et bergers savaient cultiver vignes, vergers et céréales et élever bovins et moutons, et certains ont transporté ce mode de vie dans les villages agricoles israéliens [9]. Les sages de la communauté écrivaient aussi en araméen des amulettes protectrices contre la maladie, ce qui leur valait le respect de leurs voisins musulmans et chrétiens [1]. Ce domaine mérite une recherche dédiée.

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Savoir-faire liés à l'artisanat traditionnel

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Le tissage faisait vivre de nombreuses familles au Kurdistan [1], et la couture et la cordonnerie comptaient parmi les métiers pratiqués dans les villes [9]. Des costumes kurdes colorés apparaissent toujours lors des spectacles de danse et des célébrations [7] [9]. Le musée d'Israël conserve un étui de Torah en bois provenant du Kurdistan, orné de plaques de métal et de rivets floraux [13].

 

La transmission aujourd'hui

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L'hébreu a remplacé l'araméen dans la plupart des foyers : la transmission repose donc sur les activités partagées plus que sur la langue du quotidien. Des professeurs enseignent la danse et le tambour kurdes aux jeunes élèves [17]. La Kurdiyada, organisée à Eilat ou à Tibériade, réunit les générations autour de la danse, du chant et de la cuisine [10]. Les restaurants de Mahané Yehouda et les livres de cuisine familiaux font vivre les recettes [17]. Le Jewish Language Project enregistre les récits de vie de locuteurs âgés [11], et une équipe de l'université de Durham a interrogé plus de 50 membres de la communauté et créé une exposition permanente en ligne [8] [17].

Kurdish Jews

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Kurdish Jew in israel 1970

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Liens

Histoire et références

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Les Juifs kurdes en Israël

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Israël et les Kurdes

Sources

  • Source : Les Juifs kurdes qui n'ont jamais cessé de parler araméen : analyse historique, Aish.com.

  • Source : Aperçu du festival culturel Seharane de la communauté juive kurde, Rossing Center for Education and Dialogue.

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